En 1941, alors qu'il rejoint la France Libre, Géraud Jouve livre dans Mon séjour chez les Nazis ses souvenirs
de correspondant à Berlin de l'agence Havas, entre 1937 et 1939. Distingué germaniste, Jouve rencontra tous
les dignitaires du IIIe Reich, brossant des portraits saisissants d'Hitler, « Bismarck hystérique aux chairs
flasques », de Goering, « à la cruauté impitoyable, raisonnée » jouant au « chemin de fer électrique dans les greniers
de sa résidence de Karinhall », de Rosenberg, « le pape nazi » rêvant d'un « État devenu Église », de Julius Streicher,
« l'obsédé antisémite », de Goebbels, encore, « le tout-à-l'égout du régime », ou d'Heydrich, « la bête blonde »,
qui devait sa carrière éclair « aux soins empressés qu'il eut pour Madame Himmler ». Préface et introduction plantent
judicieusement le décor, en corrigeant certaines erreurs de ce témoignage pris sur le vif de la duplicité nazie en
marche. L'envers du décor d'une tragédie dans son premier acte. François Jonquères
Mon séjour chez les nazis, Géraud Jouve, Nouveau Monde éd., 205 p. – 8,90 €