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Dans ce roman puissant, Yves Chicouène mêle avec finesse mémoire, enquête et tragédie villageoise. À travers le retour de Maryse dans le Mornas de 1970, il exhume un drame enfoui depuis 1944, révélant la manière dont la guerre a servi de paravent à des violences locales de règlements de compte et même des crimes. L’intrigue, construite comme un polar rural, avance par fragments, témoignages et archives qui dévoilent peu à peu l’exécution clandestine d’une famille injustement accusée. L’auteur excelle à montrer le poids du silence, la lâcheté collective et les héritages toxiques transmis de génération en génération. Son écriture, à la fois sobre et sensorielle, fait vibrer la terre, les saisons et les consciences meurtries. La tension narrative repose moins sur l’identité des coupables que sur la lente émergence de la vérité. La Moisson des ombres interroge magistralement la responsabilité des communautés face à leurs propres ombres. Un bon roman profond, sombre mais salutaire récompensé du prix Hélie-Denoix-de-Saint-Marc du roman historique en 2025.
Xavier Païtard

La Moisson des ombres, Yves Chicouène, éd. Elan Sud, 413 p. – 23 €