Division de la joie, Raquel Nobre Guerra, éd. Dessert de Lune, bilingue franco-portugais, 258 p. – 15 €
« Je travaille au feu / je vis du brasier / Qui vit de ce qui meurt aussi. »
Raquel Nobre Guerra vient de voir son livre couronné du prix Alain-Bosquet étranger 2025. Prix mérité par une femme, une artiste ; ce qu’elle est dans sa révélation. Oublions ses nombreuses références culturelles ; faisons comme elle qui « laisse à la poésie ce qu’elle ne peut exprimer… » autrement, car philosophe elle questionne : elle est sa question. Elle est surtout un poète qui marche hors des sentiers connus et réinvente une langue où l’on pourrait retrouver une Joyce Mansour dans sa morsure : « Le battement cardiaque de ma mère / fut ma première langue / je garde la viande blanche de ce jour / j’écris pour m’approcher de ce sang. » Et une Barbara dans le chant et le rythme. Car cette musicienne du poème en respecte les lois, le mystère et l’amour. On se doit de saluer la traduction exceptionnelle de Joäo Viegas, sans doute le meilleur traducteur de cette langue. Il partage le prix Alain-Bosquet avec elle. Claudine Helft